Mes confidences

Rangée n°7, chalet n°66,

Rangée n°7, chalet 66

Je crois qu’on a tous un lieu ressource. Vous savez, le genre d’endroit dans lequel on se sent chez nous, à notre place. Quand on y est, on peut souffler, relâcher, parce qu’on s’y sent bien, comme en sécurité. Certains ont élu leur lit, d’autres leur canapé, leur village de naissance, leur voiture ou encore la maison d’une mémé… 

Moi, mon petit coin se situe Rangée 7, Chalet n°66. Il est simple, il est doux, il est brut. Il n’a rien d’extravagant. Il a tout d’exceptionnel.

Ce petit cocon, c’est un chalet, à deux pas de la mer. Du haut de ses pilotis, il a traversé les âges et a vu grandir de nombreuses générations. Chaque été, il semble nous attendre. Fidèle à lui-même, chaleureux, naturel, rassurant. Même quand je m’en éloigne, en fermant les yeux, je peux sentir cette odeur de bois qu’il renferme depuis tant d’années et entendre ce craquement du parquet que j’aime tant.

Ce chalet est né du désir avant-gardiste de mon arrière-grand-mère et des mains de mon arrière-grand-père. Il abrite des souvenirs familiaux heureux qui sentent bon le barbecue et la tarte aux pignons. Il a assisté aux premières sorties à la plage de ma mère, aux premiers pas de ma sœur et moi, à nos vacances à rallonge avec papi et mamie, à nos week-end entre copines…

Ce chalet c’est mon repère. Il est le gardien silencieux de mes souvenirs d’enfance. C’est drôle quand j’y pense. Ma vie d’enfant n’a pas été que tendresse et douceur. Au contraire, j’ai côtoyé pendant des années la violence d’un père au cœur ravagé. Et pourtant, seuls les doux souvenirs salés sont restés accrochés à ce solide chalet. Comme s’il avait trié tous les bons moments de ma vie pour que je puisse m’y reconnecter à jamais. Et c’est ce que je fais. 

Alors, je peux me souvenir de tous ces étés passés entre mer, manèges et chalets. Là-bas nous passions nos journées à jouer entre copains, surveillés par les tous les grands-parents de la rangée. Et comme cela ne suffisait pas on se retrouvait sur la plage pour continuer ! Période d’insouciance absolue où la seule préoccupation est de savoir si papi et mamie voudront bien nous amener au manège et nous offrir notre fameuse crêpe sucrée. Et c’est bien connu, avec les papis et mamies, la réponse était : OUI !

Tous les soirs, alors qu’on finissait de manger, arrivait quelque chose d’exceptionnel pour nos yeux d’enfants. Gaston, le conducteur du petit train des chalets passait devant et nous klaxonnait. Et parfois, on avait la chance d’y monter ! Nous refaisions alors un tour mille fois  mais l’excitation et l’émerveillement toujours intacte.

Le soir il y avait aussi Cacahuète qui arpentait les rangées en criant : « cacahuètes, cacahuètes, pilou, pilou, pilou ». Ouais je vous l’accorde…c’est bizarre. Mais pour nous c’était normal ! Cacahuète était un personnage tout droit sorti d’un dessin animé. Il n’était pas jeune, le dos vouté et portait un énorme sac rempli de cacahuètes qu’il vendait sur son passage. Quand on l’entendait arriver on courait tous se cacher et parfois, on se donnait du courage pour aller lui parler.

Que de merveilleux souvenirs…

Vous comprenez pourquoi, des années plus tard, j’ai toujours autant de plaisir à m’y ressourcer.

Aujourd’hui je ne cours plus après Cacahuète, et Gaston ne passe plus, il a déposé son béret. Mais j’amène mes filles à la plage et le soir nous finissons par un tour de manège et une crêpe sucrée… Parce que les traditions c’est sacré !

Anaïs

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