Mes confidences

Moi, j'aurai des enfants à 28 ans !

J'aurai mes enfants à 28 ans

Allez savoir pourquoi, alors que j’étais enfant, j’avais décrété que le bon âge pour devenir maman serait 28 ans. A cette époque, je m’imaginais que le moment venu, je serai sage, responsable, raisonnable et que je porterai de belles robes. Et j’avais raison, je porte de très belles robes ! Bon, pour le reste, il faudra repasser. Et, c’est du haut de mes 29 ans, que je suis devenue maman de ma première fille (je me rends compte en écrivant que je suis passée à deux doigts d’une carrière de voyante… bref c’est une autre histoire).

Je n’en ai pas beaucoup plus aujourd’hui et pourtant, j’ai l’impression qu’une vie s’est écoulée depuis. Il y a des souvenirs qui nous mettent en joie, qui nous font sourire. Celui-ci me fait mal au cœur, me rend nostalgique, m’émeut, me rend fière, me rend forte, me culpabilise, me remplit de joie… Bref vous avez compris le bordel ! Et comme à chaque fois que ça s’emballe dans ma tête et dans mon cœur, ben moi, je pleure ! C’est ma manière à moi de faire mon petit ménage intérieur…

J’ai une petite question… Est-ce que ça n’arrive qu’à moi, ou est-ce que toutes les mères reçoivent comme cadeau de naissance leur lot de culpabilité ? Parce que si ce n’est pas le cas, je veux bien donner ma part à celles qui ne l’ont pas reçu… (ben ouais, t’as le sens du sacrifice ou tu l’as pas…).

Depuis que ma grande fille est arrivée, j’ai l’impression que la culpabilité est devenu… comment dire ?  Mon sport préféré, ma langue maternelle, mon hobby, ma passion cachée…

Oui, je culpabilise pour à peu près tout. Et ça a commencé très tôt. Bon, il faut dire que le terrain était bien fertile… voici donc une liste non exhaustive de toutes les raisons pour lesquelles je me suis auto flagellée à peu près quotidiennement : d’abord, j’ai culpabilisé de ne pas avoir bien poussé, plus tard j’ai culpabilisé de ne pas comprendre les pleurs de ma fille, j’ai culpabilisé que mes bras ne la rassurent pas, j’ai culpabilisé que mes bisous magiques ne suffisent pas, j’ai culpabilisé de ne plus supporter entendre crier, j’ai culpabilisé d’être collée à elle, j’ai culpabilisé de la laisser, j’ai culpabilisé de lui donner des petits pots au lieu de lui préparer des bons petits plats bio, j’ai culpabilisé de me sentir débordée, j’ai culpabilisé de ne pas avoir assez d’énergie pour jouer. J’ai culpabilisé de culpabiliser. 

Dans ces cas-là, même les plus belles robes qui tournent ne suffisent pas à nous rassurer. Je me souviens m’être sentie démunie, dépassée face à ce bébé que j’aimais tant et qui m’épuisait. Je me retrouvais comme une gamine esseulée à devoir gérer un quotidien éreintant qui n’avait pas de date de fin. J’aurais tellement aimé qu’on me dise : « Mais oui madame Abdiche, je vous comprends c’est très fatigant, mais vous savez bien que dans 2 mois et 13 jours tout ça sera terminé ! ». J’aurais tenu beaucoup plus facilement le coup, je vous promets ! Mais non, personne ne sait. Et ceux qui ont su ce que c’était ont parfois oublié. Alors on nous répète : « profites en ! ça passe vite, après tu vas le regretter », ou encore, « regarde comme elle est mignonne, tu sais le principal c’est qu’elle soit en bonne santé ». Et toi, fatiguée, tu acquiesces, avec ton chinon sur la tête, ta culpabilité grandissante et ton haut délavé.

Que c’est dur d’être mère ! on ne le dit pas assez !

Il y a de grands moments de bonheurs qu’on garde en nous pour l’éternité et il y a la difficulté du quotidien qu’il ne faut pas relativiser. J’encourage toutes les personnes qui ont oublié ou qui sont loin de cette réalité, à faire un stage intensif de bébé ! Le manque de sommeil, les pleurs, les dents, les maladies infantiles, le linge, les repas, les bains, encore le linge, encore les pleurs, les dodos collés, les pas dodos du tout, les bibis, les sorties, les régurgitations sur nos chemisiers préférés et toujours le manque de sommeil… le tout pour une durée indéterminée. Et ouais, là tout de suite ça fait moins rêver. Alors oui, il faut profiter mais laissons-nous un peu le temps de souffler !

Avec le recul, quelques années de plus et un deuxième bébé, si je croisais la Anaïs d’avant je la prendrais dans mes bras et la câlinerais. Je lui dirais : « tu sais c’est génial ce que tu fais, tu es une super maman et tu as beaucoup de courage de supporter les pleurs, les nuits sans sommeil et ce rythme complètement déréglé ». Je lui dirai qu’évidemment ça passe mais qu’en attendant elle peut se faire aider (oui parce que la Anaïs d’avant elle a la maladie de vouloir TOUT faire toute seule, bon celle de maintenant a encore du chemin à faire…). Je lui dirai aussi d’arrêter de se faire violence et que non, les choix qu’elle fait ne sont pas irréversibles ! Alors oui, elle a le droit de dormir avec ou de la laisser seule dans son lit. Elle a le droit de la porter toute la journée ou de la poser dans son transat, elle a le droit de l’alimenter plus que toute les 3h ou de ne pas la réveiller. Je lui confirmerai que non, sa fille n’est pas débile parce qu’elle a regardé la télé en sa présence. Et surtout, surtout, je lui dirai d’arrêter de culpabiliser, de finir batterie à plat pour une progéniture dont le premier mot sera « PAPA »…

Anaïs

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