Mes confidences

Ce sera tout madame !

Ce sera tout Madame

« Je rêve ou il m’a appelée Madame ? P’tit con va ! ». Alors que mon visage affichait un large sourire, voilà ce que tout mon être criait… En vrai, mon être est bien plus vulgaire que ça. Je vais donc vous épargner toutes les insanités qu’il m’a soufflé…

Je me retrouvais là, figée face à ce boucher, qui lui, attendait juste de savoir si 4 blancs de poulets et 2 entrecôtes me suffisait.

A quel moment quitte-t-on le doux nom de « Mademoiselle » ? Est-ce qu’un jour c’est écrit sur notre front ? Combien de rides sont recommandées pour obtenir le statut de « Madame » ?

C’est drôle parce que je n’ai aucun mal avec le fait de vieillir. Chaque anniversaire est pour moi une grande fête intérieure. Je n’ai pas de mal à célébrer celle que je suis devenue, et si le prix à payer est de remplir davantage mes jeans, rajouter un peu d’anticernes et boire un peu moins de café, je suis prête à en régler l’addition. Sauf que, je dois l’avouer, j’oublie parfois que mon adolescence est passée. Et ce jour-là, ce gentil boucher (qui en a pris pour son grade) me l’a gentiment rappelé.

Il a raison. Je ne suis plus « Mademoiselle ». Je ne me mettrai plus de khôl sous les yeux, ni de gel sur les deux mèches de devant. Je n’attendrai plus le 52 pour aller au centre-ville de Toulouse. Je ne me dépêcherai plus pour arriver en boite avant que ce soit payant. Je ne passerai plus des heures au téléphone avec mes copines que je venais tout juste de quitter… et vous savez quoi ? Même si je suis Directrice en Chef de la Nostalgie, je n’y reviendrai pas, j’en ai suffisamment profité.

Bon, attention ! je ne suis pas contre un petit bol de Chocapic pour le goûter… faut pas non plus exagérer.

Je me souviens, adolescente j’avais peur de ne pas assez profiter de la vie qui s’offrait à moi. C’est étonnant comme très tôt, j’ai eu cette conscience du temps qui passe, qui s’écoule entre nos mains sans qu’on ne puisse le rattraper. Ce qui occasionnait chez moi des bilans de vie réguliers (annuels, mensuels, hebdomadaires, quotidiens !) pour ne surtout rien regretter. Le tout, accompagné de remises en questions, de pleurs (évidemment…), de dilemmes répétés et de choix hautement assumés. A cette époque-là, j’étais Dictatrice de Bonheur. Envers moi-même et les autres ! Et, au passage, je méprisais tous ceux qui, selon moi, négligeaient leurs vies. Oui, je vous l’accorde j’ai un lourd passé de connasse… Non ! ne me tournez pas le dos ! J’ai changé ! Je profite d’ailleurs de ces quelques mots pour faire mes plus plates excuses à ces toutes ces braves personnes qui ont subi mes monologues insupportablement autoritaires et passionnés !

Que voulez-vous ? Moi à l’adolescence je n’ai pas fait de bêtise j’ai juste été très chiante ! (J’entends d’ici mon beau père dire que ça n’a pas beaucoup changé… ne le croyez pas, je l’aime mais il est de très mauvaise foi).

C’est quand même plus reposant d’être une adulte… Je n’ai plus l’énergie d’être une ado (mais faut pas me chercher…) ! Je ne supporte même plus de porter des escarpins pointus, c’est pour dire…

Finalement, je suis plutôt bien dans mon rôle de « Madame ». Mes 20 ans se sont enfuis dans mes souvenirs et pourtant je me sens dans la fleur de l’âge. Avec mes rides au coin des yeux et mes traits sur le front (comme dirait ma chère fille…) on se sent bien plus apaisés et épanouis. Alors merci monsieur le boucher d’avoir reconnu que j’avais grandi. Et « oui 4 blancs de poulets et 2 entrecôtes ça me suffit ».

Anaïs

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