Mes confidences

La soupe à l'ail

La soupe à l'ail
Ce matin, alors que j’étais dans ma voiture, (seule, sans enfant hurleur à cause d’un doudou perdu, d’un sussou tombé, ou encore d’un pied mal placé (« parce que c’est ma place et qu’elle n’a pas à mettre le pied sur ma place, maman dis luiiiiii ! ») ) je surpris mon cœur vagabonder dans ses souvenirs… Je profitais donc de ce vent de liberté (ben ouais, t’as la « vida loca » ou tu l’as pas 😎) pour savourer ce goût d’enfance, qui tout à coup se rappelait à moi.

J’adore me plonger dans ces rêveries. Elles sont éphémères, mais ont le pouvoir de faire revenir pour quelques instants, les personnes qui me sont chères. J’ai repensé à mon arrière-grand-mère et son tablier. J’ai repensé à mon arrière-grand-père et son béret. J’ai repensé à cette vie qui me paraît si lointaine, mais qui ne l’est pas tant que ça. J’ai eu mal au cœur de ne plus pouvoir y goûter, pour de vrai. J’ai eu le cœur rempli de gratitude d’avoir eu la chance de connaître ce qui n’existera plus.

Moi, Anaïs, 35 ans, j’ai connu la cuisinière à bois, la 2 chevaux sans ceinture ni têtière, le poulet du dimanche, les tournes disques mais surtout, surtout, j’ai connu la soupe à l’ail de mamie Antonine. Et ça, ça vaut tout l’or du monde. Pour ceux qui ne connaissent pas la soupe à l’ail de mamie Anto, c’est un improbable et délicieux mélange d’eau, d’ail, d’œuf et d’amour. Je crois que c’est ce dernier ingrédient qui l’a rendue si précieuse à mon cœur. Seul petit bémol, l’ail c’est bon, mais l’ail ça fait puer. Fort. Longtemps. (Surtout ma sœur, pas moi… évidemment 🙄).

J’ai été bercée par un langage qui disparaît peu à peu : « Tu viens souper ? », « Il y a trop de réclames à la télé », « J’adore cette speakerine », « Quand j’avais l’épicerie », « A l’école ménagère » et bien sûr « Va-t’en caguer à la vigne ». Celle-là c’est ma préférée. Elle signifie : « Va-t’en chier à la vigne. » C’est original, vulgaire, efficace. Tout ce que j’aime 😂.

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé les vieux. Ma sœur et moi, on adorait traîner avec eux. Les mains tachetées, tordues par l’arthrose, l’odeur de l’eau de Cologne, le pot de crème bleu NIVEA étaient pour nous les signes d’un bonheur familier, rassurant. Enfants, on a été choyées, ados, on a été écoutées, jeunes adultes, on a compris la chance de naître à notre époque.

Ma mamie Anto faisait partie de notre quotidien. Elle n’était pas l’arrière-grand-mère qu’on visite à Noël. Non. Elle était celle qui connaissait nos histoires de cœur, nos aventures de collégiennes, de lycéennes, nos joies, nos peines… elle nous écoutait, nous conseillait, se réjouissait ou s’inquiétait pour nous.

Et comme le cycle de la vie est bien fait, plus tard, c’est nous qui avons pris soin d’elle. Allongée dans son lit, une arrière-petite-fille de chaque côté, nous refaisions le monde. Nous ressassions des souvenirs mille fois racontés, mais toujours aussi bons à entendre : la peur des chars allemands, le premier téléphone du village, la vie à l’épicerie, la construction du chalet à Gruissan, la beauté du Tyrol, le spectacle de Charles Trenet, son amour perdu…

Quelle gratitude d’avoir pu partager tout ça. Je me sens fière et chanceuse d‘appartenir à cette histoire et de la poursuivre, à ma manière… j’aimerais écrire notre histoire, la raconter en détail mais il me manque déjà des bouts… Ma tête voudrait se souvenir de tout, mais il semble que le temps en a décidé autrement. C’est drôle, il ne laisse sur son passage que ce qui est essentiel à nos cœurs.

Alors tant pis pour les bouts de vie oubliés, je garde précieusement ceux qui, encore aujourd’hui, me font m’évader dans une époque pleine de bisous, de bonbons au miel et de fleur d’oranger.

Ma petite mamie, tu n’es pas partie trop tôt comme certains le regrettent souvent. Tu disais avoir vécu tout ce que tu voulais. Et avec le caractère bien trempé que tu avais, malheur à celui qui te contredisait !

Je n’ai qu’un seul regret. Malgré nos tentatives répétées pour te faire avouer, pour libérer ce fardeau sûrement trop lourd à porter, tu t’es envolée avec un grand secret : entre ma sœur et moi, qui est ta préférée ?

Chacune a sa petite idée 😂

Merci mamie, dans nos cœurs tu auras toujours un petit goût d’éternité ❤️

Anaïs

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